Hommes, bêtes et empathie

juin 20, 2007

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Je me demande pourquoi on dissocie si souvent l’identité animale de l’identité humaine. Ou plutôt : si cette dissociation a lieu d’être, elle ne met pas en avant, selon moi, les bonnes raisons.Dans la pensée commune, l’homme s’oppose à l’animal par sa capacité de raisonnement, de recul, d’analyse, de bon sens. L’animal est soumis à ses instincts quand l’homme obéit à sa raison. Et surtout, l’homme serait capable de pitié, ce que l’animal ne peut.  

Modeste observatrice du fait social, entourée d’hommes comme de bêtes, je ne peux que remettre en question ces arguments si basiques. Je trouve aux animaux beaucoup plus de capacité d’empathie que chez mes concitoyens. L’empathie, cette capacité à comprendre la souffrance d’autrui sans la ressentir soi même, est devenue une qualité rare, en voie de disparition dans l’espèce humaine.

La compassion est morte. Elle est morte dans le siècle de l’individualisme, dans le recul des solidarités collectives, dans l’annihilation de l’altruisme. La compassion se terre dans les grandes métropoles, elle recule dans les campagnes, elle s’éteint et s’étiole inexorablement quand la méfiance croît et gagne du terrain chaque jour. 

 « La nature commande à tout animal, et la bête obéit. L’homme éprouve la même impression, mais il se reconnaît libre d’acquiescer, ou de résister; et c’est surtout dans la conscience de cette liberté que se montre la spiritualité de son âme : car la physique explique en quelque manière le mécanisme des sens et la formation des idées; mais dans la puissance de vouloir ou plutôt de choisir, et dans le sentiment de cette puissance, on ne trouve que des actes purement spirituels, dont on n’explique rien par les lois de la mécanique. » Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (1755), Rousseau.

Rousseau a tout faux car l’Homme moderne ne choisit plus.

L’homme moderne obéit à des contingences pires que celles de la faim ; la survie de son espèce dépend de son appétit de pouvoir. Sa liberté est broyée dans le cercle infernal des contingences de la modernité et du progrès. Il est au cœur d’une loi bien plus violente que celle de la chaîne alimentaire, il s’est soumis à l’hérésie de l’intérêt personnel.

L’intérêt, est devenu le leitmotiv de tout un chacun. Au nom de l’intérêt, nous renions nos pères, nos mères, nos familles, nos amis, nos valeurs, notre éthique, nos morales, nos religions. Au nom de l’intérêt, l’homme se dégrade progressivement et se vide de son âme. Le principe d’utilité règne. L’homme moderne maîtrise à merveille les calculs coûts/bénéfices. Sa vie est une équation. Il ne fera rien qui risquerait de malmener son confort. Egoïsme, narcissisme, mégalomanie, lâcheté et traîtrise sont les maux de son âme. Non décidément, je vois parfois plus de grandeur d’âme en la bête qu’en l’homme.  

Chez mes concitoyens, je guette l’empathie, l’empathie vraie, désintéressée, muée par la seule impulsion du bien. Elle se fait rare. Elle est marginale. L’empathie n’est pas la règle, vous le reconnaîtrez avec moi. Nous les hommes sommes capables de nous abandonner dans les pires moments. Nous sommes capables de nous tromper effrontément en nous regardant dans le blanc des yeux. Nous mentons la tête sur le billot. Nous fuyons la souffrance et évitons les perdants. Nous nous nourrissons de rêves qui ne rempliront que nos ego.  

Notre espèce est la pire de toutes. Nous sommes des monstres froids qui nous poignardons dans le dos chaque jour.  

Si Jésus est monté au ciel, l’Homme, lui est tombé de sa croix.  

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4 Réponses to “Hommes, bêtes et empathie”

  1. Si jésus est monté au Ciel, Sonia, elle, est touchée par la grâce…

  2. Rémi said

    « La seule condition au triomphe du mal, c’est l’inaction des gens de bien » disait déjà un certain E.Burke au 18°siècle, ultra-libéral s’il en était, et donc partisan de la course à l’intérêt…et pas franchement révolutionnaire!

    Je me permettrai juste de modérer votre constat « notre espèce est la pire de toute », pour la simple raison qu’il faudra pouvoir, non seulement connaître, mais comprendre ! toutes les espèces qui nous entourent..

    Alors disons que notre espèce est certainement capable du meilleur ET du pire, et que tenter de faire pencher la balance du côté du « meilleur », ce que vous définissez par « le bien », est un véritable parcours du combattant qui décourage ces « bêtes humaines » pour qui la quête de l’intérêt est le moteur principal !

    On m’a toujours appris que quand on va à la pêche et qu’ on met une carotte à son hameçon, on a de forte chance de pêche un âne 😉

    A vous lire à nouveau avec grand intérêt….hem…non…plaisir !!!

  3. hipparchia said

    On souscrit nécessairement aux constats que vous faites sur les comportements humains et le peu d’empathie qui les caractérise. Mais de là à conclure que notre espèce est la pire de toute : quelle triste synthèse !

    « Pire que » signifierait qu’il y a une continuité dans la bienveillance des natures animales. Mais quelle espèce vous semble pouvoir constituer sur ce terrain un modèle ? L’empathie, l’élan vers l’autre la compréhension, tout ça, que vous citez, me semble au contraire bien humain, seulement humain.

    Mon analyse est contraire. Nous percevons la capacité de pensée, d’abstraire, de conceptualiser comme le propre de l’homme et ce tant et tant que nous oublions que l’homme est aussi, d’abord, un animal, et qu’en tant que tel, il est centré sur lui-même, fondamentalement égoïste. J’émettrais même l’hypothèse que toutes actions, y compris les plus généreuses, n’ont d’autre but que de servir le propre intérêt de celui qui les commet. Cet intérêt personnel est perçu avec beaucoup de subtilité (ce qui nous distingue de toutes les autres espèces), beaucoup de nuances entre les individus.

    Par ailleurs, les moyens disponibles pour le service de nos égos sont bien plus considérables que ceux de nos amis les bêtes. Donc potentiellement, ici ou là, plus dangereux.

  4. « Notre espèce est la pire de toutes. Nous sommes des monstres froids qui nous poignardons dans le dos chaque jour. »

    Tout à fait d’accord avec toi.

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