Sexe et civilisation.

juillet 9, 2007

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4 ans à Montréal et jamais vu un seul film de Denys Arcand. Jusqu’à celui-ci. Foudroyant. Subversif. Avant gardiste. Lumineux. « Le déclin de l’empire américain ». Un groupe d’universitaires, dans les années 80, couples et ex couples d’amis. Des séquences de leurs discussions. Sexe drôle, sexe SM, sexe décevant, sexe innovant, sexe amoral, sexe oral. Échangisme, libertinage, SIDA, maladie, bisexualité, jouissances. Orgasme d’homme timide, solitaire, maladroit. Orgasme de femme sauvage, indécent, impudique. Femme : Sexe indétrônable, clitoris au taquet, mamelons de velours, nombril de hyène, fesses chevaleresques. Homme : Verge édifiante, torse électrique, mains d’alchimistes, bouche omnipotente, langue anoblissante.  

Les personnages d’Arcand parlent de sexe comme de métaphysique, sont libertins mais souffrent en silence, se cocufient ad nauseam,  impatiemment, se perdent en cœur dans le vide, creusent la désintégration d’un monde, le nôtre. Et au détour d’une étreinte, Arcand révèle la société moderne, illustre la décadence, la marche du vide.

Car Arcand nous parle d’une nouvelle ère, effrayante, sinistre. L’ère de la mort de l’Homme. Du déclin de la civilisation. De la fin de l’Histoire. Arcand nous montre avec trop de brio qui frise la déraison, à quel point nos sociétés occidentales sont gonflées d’orgueil, dopées au superflu, sclérosées, mortes nées, agonisantes, assoiffées, noyées dans leurs courses infernales.

 Le nouveau siècle signe les nouveaux codes du couple. Révolution érotique. Liberté, libre, libertinage, LIBRE !

Où l’homme désacralise l’amour, libère des carcans, vampirise les bars. Où la liberté croît proportionnellement à l’insécurité affective. Où l’on se perd car nous n’avons plus de frontière, où nous n’avons plus de limites.

Liberté infinie, savoir accumulatif, connaissance effrontée, nous sommes devenus lucides. Lucides. Cyniques. Désabusés. Craintifs. Post-modernes crûment. Gris. Absorbés. Calfeutrés. Lucides. Enfermés. Illuminés. Alarmistes. Lucides. Froids. Fous. Désengagés. Lucides.  

En même temps que nous gagnions notre libre arbitre, nous perdions notre foi.  

Ode au sexe de l’Homme déchu.

Qui n’a plus rien à perdre donnera encore plus :

 Qu’importe que l’on meurt, le sexe, lui, nous survivra.

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Une Réponse to “Sexe et civilisation.”

  1. Kennza said

    Il y a un bon moment déjà que j’ai vu et revu ce film. Ta juste critique m’a permis de le «revoir» en quelques minutes et de prendre compte une nouvelle fois du message, de la juste analyse d’Arcand.

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