Cyberdépendance: du badaud au barjo

août 9, 2007

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Sommes nous cyberdépendants ? Nous vivons en réseau, dans un monde virtuel où tout est à portée de click. La sphère cybernétique est un vaste marché où l’on trouve tout ce qui peut nous passer par la tête… Un it bag en ligne ? Un homme mis à prix ? Une halte aux Maldives ? Un tarot express ? Une dissertation prête à rendre ? Ne cherchez pas, TOUT est sur le net. C’en est devenu grotesque. Je suis moi-même victime de cette monomanie du clavier. Et je furette, farfouille, me ballade et me baguenaude au fil de mes trouvailles.  On virevolte entre ses 8 adresses emails dans la plus grande insouciance. On bloggue à toute heure pourvu qu’il y ait de l’ambiance sur la blogosphère. On tague à tout va sur Facebook. On délaisse Hi5. On lit Le Monde in line, façon bobo. On débat de l’actualité sur des forums et non plus au café du coin. On lit notre avenir au hasard du tarot virtuel. On satellise sa future destination. On fait ses transactions bancaires sans se lever du fauteuil. On se marre sur You Tube.  On se fait recruter sur Viadeo. On shoppe sur kelkoo. On achète nos billets d’avion sur lastminute. 

Et puis il y a nos petits secrets honteux du web. Qui n’en a pas ? Quand on googlise nos voisins. Quand ça fait deux mois que les amis nous glissent un «  On te voit plus sur msn » alors qu’on est off line. Quand on règle nos comptes sur chatt via nickname interposé. Quand on boycotte quelqu’un de nos mailing list. Quand on copie colle sans citer nos sources. Et quand nos mules marchent 24/24 pour des collectors de films et séries 100% illégaux…Au-delà de nos petites magouilles d’amateur, le crime virtuel bat son plein. Pédophiles en guinguette, sociétés écrans du web, blanchiment d’argent intraçable, escrocs de tous bords, échanges d’information terroriste, prostitution à plus soif… Les dérives de la toile sont édifiantes. Belle mafia en réseau. Opaque, obscure et indétrônable. Les cellules dormantes du web agissent dans l’ombre, dans la plus grande impunité, sans le souci d’un ersatz d’éthique.  

Pendant, que nous consommons frénétiquement, la souris greffée à l’index, l’œil rivé à l’écran, le cœur battant frénétiquement, la touche F5 suspendue en l’air ; le monde se fait et se défait sur le web. Gigantesque réseau, imbroglio gargantuesque, qui prend tout et recrache tout, le bon comme le mauvais, le vice comme l’absolu. On croise ça et là des gens stupéfiants qui nous interloquent et qui laissent des bouts d’eux-mêmes dans un coin de cet infini système.

L’information est là, foisonnante, infinie, décortiquée, brassée, partiale, neutre, stérile, cruciale, nécessaire, inutile, divertissante, rasante. L’information nous a envahi. Nous sommes à sa merci. Les milliards de traces que nous laissons sur le web par nos adresses IP, nos conversations et nos achats nous identifient, nous catégorisent. Les services de renseignement s’en donnent à cœur joie. Les grandes puissances sont en passe de maîtriser l’information. Pour les stratèges militaires, maîtriser l’information c’est maîtriser l’ennemi. Les guerres secrètes d’aujourd’hui et celles de demain seront des guerres d’information. Le village global ne sera plus qu’un vaste jeu de pistes où l’on abattra ses dernières cartes sur des giga ordinateurs 

La toile est là. En 2007. Elle n’a que quelques décennies. Et elle sera encore là demain. Et après demain. Et les siècles d’après. Avec des technologies plus incroyables, plus irrévérencieuses, plus pernicieuses. Nos enfants s’y plongeront sans réserve. Leurs joies comme leurs déboires naîtront à sa source. 

Le web est à notre image, il est ce que l’humanité en fait : nous avons enfanté un oxymore : un matador angélique capable du pire comme du meilleur dans un monde où les frontières entre le possible et l’inimaginable se côtoient allègrement dans une course infernale contre nous-mêmes. 

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4 Réponses to “Cyberdépendance: du badaud au barjo”

  1. Lady Zee said

    Merci d’être passé sur mon blog, grâce à ton commentaire je découvre le tien, et là ce que tu dis prend énormément de sens, on découvre « des gens stupéfiants qui nous interloquent ».

  2. Hady Ba said

    C’est vrai que c’est effrayant (et formidable!) de voir à quel point nous sommes cyberdépendants. De temps à autres je m’oblige à une ou deux semaines sans net (OK presque sans net: je relève mes mails une fois par semaine dans ces moments d’abstinence) pour prendre le temps d’apprécier d’autres plaisirs et un autre mode de vie datant d’avant la civilisation (qui comme chacun le sait a commencé avec l’ADSL) mais je n’en demeure pas moins un drogué du net.

    PS: C’est toujours un plaisir de te lire même si je ne commente pas à chaque passage.

  3. identites said

    @ Lady Zee: je te renvoie la pareille 😉

    @ Hady: Alors tu arrives à te désintoxiquer du net! C’est quoi ton secret?!
    Moi aussi je te lis régulièrement avec beaucoup d’intérêt 🙂 Je songe d’ailleurs à lire le livre de B.B Diop dont tu parles dans ta dernière chronique. A bientôt!

  4. Hady BA said

    Désolé de la réponse tardive: je n’étais pas sur le net depuis lundi (sans rire!).
    En fait, c’est finalement assez simple de se désintoxiquer de temps en temps: il suffit juste d’éviter comme la peste tout ordi connecté à internet ou de n’utiliser que la partie traitement de texte de cet ordi. Surtout prendre ça comme un défi et la preuve qu’on est un être doué d’une volonté surhumaine… Et avoir une réserve de bons livres à lire of course: remplacer une dépendance par une autre, ça marche toujours.

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