Le Hezbollah, l’Iran et la Syrie: la libanité en étau?

août 21, 2007

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Je viens d’achever « Le Hezbollah, un mouvement islamo nationaliste » de Walid Charara et Frédéric Domont. Les auteurs se proposent ici de déconstruire le mythe selon lequel le Hezbollah ne serai qu’une simple officine de l’Iran et de la Syrie. Si c’est sensé être le fil conducteur de l’ouvrage, il s’oublie au profit d’un stérile panorama historique du mouvement. Peut être tout simplement car ce n’est pas un mythe ? Peut être aussi car Walid Charara qui s’autoproclame politologue et chercheur en relations internationales alors qu’il ne fait partie d’aucun laboratoire de recherche, cherchait juste – sous couvert d’une pseudo neutralité académique qu’il n’a pas- à canoniser le Hezbollah.

Que dit le livre ? Le livre reconstruit maladroitement, et de manière brouillonne et partiale l’historique du mouvement, en tapant bien évidemment, sur Israël, sur les Chrétiens du Liban, et sur le méchant Occident qui diabolise les Arabes et prône la désinformation. Il ne s’agit pas de critiquer la prise de position anti-israélienne que prennent les auteurs. Il s’agit au moins de le faire bien. Cela implique, d’aller au-delà des sentiers battus et cent fois revisités et d’apporter un angle nouveau à l’invective 

Retour sur les faits, dixit le livre : La guerre de Palestine de 1948 qui donne naissance à l’Etat d’Israël constitue le tournant de l’histoire du moyen orient au 20ème siècle : la naqba (catastrophe) pour les Arabes. Le sud Liban ou Djabal Amil (dénomination locale du sud Liban) va subir de plein fouet ses effets. L’accord de cessez le feu de 1949 n’empêcha pas la multiplication des attaques israéliennes en territoire libanais. Dès 1970, les feddayin palestiniens s’installent au Liban.

 Selon, un expert stratégique israélien, Oded Yenon, la stratégie israélienne s’est fondé sur deux axes :

         l’instrumentalisation des antagonismes communautaires libanais

–    la volonté de partition du Liban qui ferait un Liban chrétien allié d’Israel

 En 1982, les troupes israéliennes envahissent le Liban. L’opération Litani au sud conduit à l’occupation d’une zone de 700 km2, près de 1200 civils tués et près de 300 000 déplacés. Le Hezbollah est alors embryonnaire, il est constitué du Parti Communiste Libanais, du Parti National Syrien et de l’organisation d’action nationale communiste du Liban).

Cette période coïncide avec la révolution iranienne (1979) qui a eu un impact notoire sur le mouvement. L’Iran a fourni dès lors un soutien notable au Hezbollah naissant, dans l’optique d’une stratégie d’exportation de la révolution. La spécificité du Hezbollah qui est à l’origine de son soutien populaire massif est d’avoir construit un réseau d’institutions permettant à la population civile de supporter le coût humain et matériel des attaques israéliennes et de suppléer à l’absence de politique sociale de l’Etat libanais. Ce maillage social a développé l’idée que le Hezbollah construisait un Etat dans l’Etat. Selon les auteurs, le Hezbollah ne défend la création d’un Etat islamique qu’avec l’adhésion de toute la société à ce projet. Par cet irrecevable consensus populaire, il admet l’impossibilité d’un Etat islamique au Liban.  

En plus de ne rien apprendre de nouveau, ce livre ne répond même pas à la problématique pourtant pertinente qu’il se propose d’analyser au début : réfuter la thèse selon laquelle le Hezbollah ne serait qu’un mouvement tripartite (Libanais, Syrien et Iranien). Il se contente d’une succession non exhaustive de l’historique du mouvement, sans analyser la portée des liens qui unissent le Hezbollah avec les deux puissances régionales. Walid Charara répète à maintes reprises que le Hezbollah a « réévalué sa stratégie » et que ses affiliations idéologiques avec l’Iran servent avant tout à être mis au profit du combat de libération nationale. Affiliation idéologique? L’auteur se garde bien de dire que le Hezbollah est approvisionné par l’Iran en missiles Zelzaz, ce qui est à s’y méprendre le signe d’une coopération militaro stratégique.

 La morale de l’histoire ?Je veux bien, au nom de l’esprit critique et de l’impartialité, essayer de comprendre toutes les opinions, pourvu qu’elles soient construites sur une argumentation en béton. Une thèse qui contredirait, preuves à l’appui la dépendance et l’allégeance du Hezbollah à l’Iran et à la Syrie, serait particulièrement intéressante. Je l’attends.  

Finalement, faute d’avoir eu de réponse à la question sur les liens entre le Hezbollah, la Syrie et l’Iran, je me suis tournée vers l’analyse de Joseph Bahout, qui, lui, est bel et bien politologue, à l’IEP de Paris et a participé à une Journée d’Etudes sur le Liban à la Fondation pour la Recherche Stratégique.

Compte rendu de son analyse :Selon lui, le Hezbollah est une sorte de Janus politique, un animal à trois faces (Libanaise, Syrienne et Iranienne). Le mouvement s’aligne stratégiquement sur la Syrie pour sa résistance à la politique israélo américaine et noue des affinités idéologiques très fortes à l’Iran. L’équilibre de ses relations fluctue avec le temps si bien que le Hezbollah est actuellement le principal bénéficiaire du retrait militaire syrien du Liban et donc de la baisse d’influence de Damas sur l’échiquier politique libanais. L’Iran remplit désormais le vide géostratégique créé par le départ de la Syrie. En quelque sorte, le mouvement est désormais beaucoup plus iranien que syrien.

Ce que Joseph Bahout apporte de nouveau comme éclairage sur la situation politique au Liban c’est ceci : deux représentations de la guerre, de l’après guerre et de la libanité sont en train de s’affronter :

 D’un coté les forces du 14 mars qui se considèrent comme des forces indépendantistes anti syriennes. Walid Jumblatt, le leader phare, déclare ainsi qu’Israel n’est plus l’ennemi mais la Syrie. Ici, la communauté internationale est vue comme le paravent sécuritaire du Liban. Les partisans de cette vision acceptent l’internationalisation et le Hezbollah est perçu comme le bras armé de l’axe syro iranien.De l’autre coté, s’oppose le récit des pro syriens. Pour eux, l’internationalisation du conflit n’est qu’un prétexte au projet néo conservateur américain du grand moyen orient. Ils considèrent que les forces du 14 mars sont des relais actifs d’Israël.  Joseph Bahout met le doigt sur le point sensible du Liban. Les jeux communautaires n’ont pas cessé d’être le pendant d’une instrumentalisation régionale et internationale. Il faut sortir de ces représentations meurtrières. Chaque camp se conforte dans sa position et se réfugie dans l’accusation unilatérale de l’autre camp.Le Liban est encore un système féodal à la merci de tous les pays qui voient dans le Liban une arène de guerre où il est facile de se battre par milice interposée et dans l’impunité totale.

Il n’y a qu’un mythe à déconstruire. Je le disais dans cette chronique ici et je le redirais encore là : la balkanisation du Liban n’a servi que les intérêts des puissances étrangères. Le Liban a été, est et restera – s’il n’y prend garde- un Etat tampon. Définition ? Un Etat tampon est un petit pays situé au cœur d’une zone de tumultes géopolitiques de entre puissances régionales ou internationales.

 Le Liban est la fille de joie du Moyen Orient, la courtisane de la haute société internationale. On s’y presse, on la courtise, on la séduit, on la sollicite, on la vante, on l’achète, on l’arme, on la plonge dans l’arène et on la sacrifie.

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6 Réponses to “Le Hezbollah, l’Iran et la Syrie: la libanité en étau?”

  1. david said

    Merci pour cette petite note de lecture. Concernant le bouquin de Charara, malheureusement connaissant le bonhomme, il ne s’agit pas d’un ouvrage informatif et analytique, mais d’un hymne à la Résistance. Ça vaut ce que ça vaut, faut simplement être prévenu avant de lire sa prose.
    Bravo pour votre blog, continuez!

  2. Kennza said

    Très intéressante note. J’avais entendu parler du bouquin, mais pas en détails.

    «Le Liban est la fille de joie du Moyen Orient, la courtisane de la haute société internationale. On s’y presse, on la courtise, on la séduit, on la sollicite, on la vante, on l’achète, on l’arme, on la plonge dans l’arène et on la sacrifie.»

    On ne pourrait mieux dire.

  3. Lady Zee said

    Sonia je me permets de polluer ton post très sérieux par cela :
    Tu es citée dans mon Blog Day 2007 à l’occasion de la journée mondiale des blogs:
    http://ladyzee.wordpress.com/2007/08/31/et-si-zee-celebrait-le-blog-day-2007/

    🙂

  4. le3zaoui said

    Note tres interessante… Merci

  5. HAJAR said

    J’ai lu le livre de Charara/Domont.L’objectif du livre n’est pas seulement de refuter la thèse simpliste relayant la propagande israelienne selon laquelle le Hezbollah serait une simple officine syro-iranienne mais aussi de recontextualiser la naissance et l’ascencion de ce mouvement.Ainsi,il apparait clairement que le parti de Dieu était principalement mû par la volonté de résistence contre l’occupation israelienne du Sud Liban, qui a duré 22 ans, et que c’est en fonction de cette priorité qu’il a constamment réevalué et réadapté sa stratégie et ses alliances. A ceux qui se scandalisent devant la force du lien idéologique, stratégique, ou financier unissant le Hezbollah à l’Iran, j’aimerai rappeler la nature organique du lien entre la première puissance militaire régionale qu’est Israel avec l’hyper puissance américaine. Affronter Israel c’est affronter directement les Etats Unis et la guerre ne se mène pas avec des fleurs et des bons sentiments. Tous les mouvements de résistance de par l’Histoire ont cherché à mettre à profit les contradictions existants entre leur ennemi et des acteurs étatiques qui lui sont opposés. Par exemple, ce fut le cas de la résistance française dont la principale figure politique, le Général De Gaulle, était basé à Londres et profita grandement du soutien britannique et américain. Qui oserait pour autant accuser le Général d’être une marionette britannique ou américaine? S’il est certes légitime de s’interroger sur la nature des liens entre le Hezbollah d’un côté, Damas et Teheran de l’autre et sur le degré d’influence qu’exercent les deux capitales sur ce mouvement, lui reprocher de prendre le soutien là où il le trouve face à un adversaire belliqueux et tout puissant comme Israel relève au mieux de la niaiserie et au pire de l’hypocrisie. Pour avoir mis en evidence toutes ces vérités; je trouve le livre de Charara/Domont, excellent.

  6. « Peu d’hommes méritent qu’on les contredise », écrivait Ernst Jünger; surtout quand ils s’imaginent parler au nom de Dieu, ajouterais-je…

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