Bret Easton Ellis, sinon rien.

septembre 15, 2007

 

 

lunar_park.jpg Je t’ai quitté avec regrets. Et pourtant quand je lisais la critique de François Busnel de Lire qui te canonifiait Livre de l’année, je restais dubitative.
Mais que dire après cette lecture marathon, où chaque chapitre dépasse le précédent, où le suspense est sans retenue, où l’angoisse est monnaie courante, où la tachycardie est reine et où l’on renoue avec la réalité avec autant d’errance ?
Lunar Park, ou le pitch classique serait : un écrivain à succès ( l’idole anti puritaine made in USA allias Bret Easton Ellis) se fait personnage de fiction à travers un roman extatique où l’on ne sait jamais si l’on est dans un rêve éveillé, un trip sous C ou un délire mégalomaniaque. Soit.
Lunar Park c’est cela et plus encore.

Lunar Park c’est un jeune universitaire qui se retrouve propulsé sur le devant de la scène, avec un livre trashouille et référentiel : Moins que zéro. Ou comment Bret devient le référentiel de toute une cause perdue : la génération aisée post moderne de l’Amérique des 80’s.

 

Lunar Park c’est une phrase d’un sens incroyable et qui tient en une ligne : « J’ai compris l’unique chose que j’étais en train d’apprendre de mon père : à quelle solitude les gens se condamnent. » Et de voir défiler en une ligne, des angoisses à la pelle qui sont la conditionnalité de demain. Bret, un enfant de la balle, qui se retrouve délaissé, harcelé, jaugé, mitraillé, controversé, hai, adoré par un père fantôme qui le hantera jusqu’à l’au-delà. Bret, un enfant meurtri, qui n’a de legs que le traumatisme, et qui malgré lui, devient père, bon an mal an, au fil de ses erreurs, piétinant sa descendance au gré de ses folies et qui, devient le père, rêvé, le père repenti, le père aimant, le père parfait.

 

Lunar Park c’est l’anecdote de la nuit et de ses vices. La drogue qui rend fou, l’alcool qu’on oublie, les chairs qui se mélangent, le désir qui floue le regard, l’emprise qui prend le pas sur la rencontre, et la folie, toujours, qui se terre, sournoise, à l’ombre de nos vices. Lunar Park, c’est Bret, le nez suintant la coke, reniflant sa misère dans un mouchoir XXL, sniffant à tire la rigotte dans des soirées universitaires qui ne sont plus de son âge, lorgnant sur les poitrines tout aussi XXL des béates étudiantes en littérature moderne.

 

Lunar Park c’est aussi une histoire de fantômes et de démons. Où l’on apprend à chasser tant bien que mal d’illustres monstres poilus qui se sont glissés dans nos déboires d’écoliers, qui terrorisent une famille, mais dont seul Bret est témoin et dont on ne sait plus vraiment s’il hallucine où fait une rencontre du troisième type. Mais qu’importe ? La peur est là, tenace. Et entre le terby( peluche oiseau de sa fille) et le chien Victor possédé par un démon new age, on ne sait plus sur quel pied danser, surtout quand l’idyllique home sweet home familial s’effrite,et que sous sa belle peinture laquée, ruisselle la vermine.

 

Lunar Park est irracontable, fou furieux, terrifiant, schizophrène et complètement psychédélique.

 

Lunar Park c’est le mea culpa d’un écrivain qui a créé le mal absolu sous couvert d’un personnage de fiction ( Patrick Bateman dans American Psycho) et qui se retrouve plagié dans la vraie vie par un psychopathe qui s’inspire textuellement du roman pour copier ses meurtres.

 

Lunar Park c’est le summum de la banale histoire de l’artiste maudit qui devient fou le jour où ce qu’il crée et ce qu’il vit se mélangent, de manière à former un imbroglio tel qu’il sera impossible de démêler le vécu du rêvé.

 

Mais Lunar Park, irrésolumment, c’est quand l’écrivain et le narrateur se font face, dans un combat sans pitié dont on ne saura jamais qui est sorti vivant, que réalité et phantasme se côtoient dans un univers débridé et onirique à souhait, mais qui, malgré tout les talents de conteur et de menteur invétéré de l’auteur, rappelle, risiblement, le surréalisme de nos propres vies.

Publicités

4 Réponses to “Bret Easton Ellis, sinon rien.”

  1. Hady Ba said

    Salut,
    J’ai détesté American Psycho et du coup je n’ai plus rien lu de BE Ellis. Tu me donne envie de m’y remettre. Merci

  2. kennza said

    J’ajoute à ma liste !

  3. Bret Easton Ellis : ce pâle clone de Jay McInerney;
    la violence en plus, mais le talent en moins…

  4. marjorie said

    Mais qu’est-il arrivé à son fils Robby ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :