Jay McInerney n’est pas un sale gosse

octobre 2, 2007

jay-mcinerney-oiseau-de-nuit.jpgC’est beau un homme qui pleure. Surtout quand il s’appelle Jay McInerney, qu’il est aussi larmoyant que Bret Easton Ellis est narquois, qu’on le trouve niais au début et que, comme toute fille empathique, on se retrouve à pleurer avec lui. Dans Journal d’un oiseau de nuit ( Brights Lights, Big City) , Jay est un gentil looser, dont le talent périme au service vérification d’un hebdomadaire new yorkais et dont la femme top model tout droit sortie du Kansas le quitte par téléphone. S’en suit un nombre interminable de soirées dans les bars branchés de New York, où cocaïne et champagne rythment de pauvres frasques.

Ou l’on comprend vite pourquoi Jay n’a pas eu le succès de Bret Easton Ellis. Et pourtant, quand « Journal d’un oiseau de nuit » sort en 1984, il est plébiscité comme le manifeste littéraire de toute une génération, dans la digne lignée du courant du « dirt realism« . Moins que Zéro, le premier roman de Bret Easton Ellis, ne sortira qu’un an après.

Mais trop fragile, trop romantique, Jay est désabusé mais pas assez cynique, imaginatif mais pas délirant. Jay est resté de l’autre coté de la barrière, celle du politiquement correct. Quand Bret, lui, l’aura défoncé sans égards.  Jay est poétique, consensuel parfois, eau de rose à ses heures. L’homme tendre se meut dans la faune new yorkaise avec un manque d’agilité criard, cherchant partout le fantôme d’une icône perdue. Pourtant, en bout de course, Jay réussit à nous étonner. Il nous livre en un tour de mains ce que Bret aurait du mal à faire. Il nous déroute. Sa naïveté n’était que pale surface, sa nonchalance un masque, son amour perdu un prétexte. On lit entre les lignes de son malheur le récit d’une mère morte dans la maladie. Qui sur son lit de mort avait de nouveau 20 ans. Qui à l’approche de la fin se jouait des tabous, se livrant dans une discussion ultime avec un fils éperdument aimant.  

Non Jay n’a pas créé le monstre décadent qu’était Patrick Bateman dans American Psycho. Oui, Jay écrit sur les nuits new yorkaises, sur la drogue, sur les filles. Sur tout cet apparat qui a fondé le mouvement littéraire « Brat Pack ». Mais ce n’est pas de ça dont il parle. Derrière le roman, des failles : les siennes.

 Jay n’est pas tout à fait là. Il est un peu absent. Il est hors du cirque.Et quand l’auteur se parle à lui-même, voici ce qu’il dit à l’enfant qui vit en lui:  « Il va falloir que tu prennes ton temps. Il te faut tout réapprendre, depuis le commencement. »

Publicités

6 Réponses to “Jay McInerney n’est pas un sale gosse”

  1. Je resterai poli;
    comme McInerney d’ailleurs…

  2. Hady Ba said

    Merci pour le titre qui touche une chose essentielle chez JMcI: on n’est jamais obligé d’être un sale gosse. On l’oublie parfois en essayant d’être in!
    PS: J’ai adoré son dernier livre sur 9/11 mais en même temps un peu gêné sur l’absence totale d’interrogation politique chez les personnages. C’était assez bizarre

  3. identites said

    Hady> Je comptais justement me plonger dans « la belle vie », encore faut il que je le trouve à Dakar… !
    Jean Michel > Fais nous don de tes impolitesses que diable !

  4. Hady Ba said

    Oh les librairies de Dakar! Je l’ai ici , si tu le veux…
    Brightness Falls est définitivement son meilleur livre je trouve.

  5. Ellis, Ellis : cet écrivain si politiquement incorrect, si dérangeant, que tous les médias de la société du spectacle se l’arrachent… Je sais Sonia, je m’acharne, mais tu connais mon admiration pour l’oeuvre de McInerney…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :