Sarkozy au pays de Candy…

octobre 7, 2007

reza.jpgL’aube, le soir, ou la nuit: Un livre creux. Stérile. Au niveau du sujet que Yasmina Reza a bien voulu choisir.
Bien que les voies de l’écrivain soient impénétrables, celles-ci demeurent plus que hermétiques. On a du mal à comprendre la démarche de l’auteur prolifique (Adam Hademberg, Dans la luge de Arthur Schopenhauer) qui, dans un grand élan de lyrisme patriotique, nous sert un Sarkozy, naïf, idéaliste et gauche. ( sans jeu de mot !)

Le décor : Sarkoland pendant la campagne. Le « héros » : l’aspirant au pouvoir. L’intrigue : les méandres intérieurs d’un homme qui disait jadis : « Tout m’était contraire mais je pensais tout est possible. »Ou l’on apprend, à chaque demi dizaine de page consciencieusement tournée, que Sarkozy est un enfant : « L’observant à la mairie de Pavalas-les-Flots écouter celui qui introduit son allocution, j’ai l’impression de voir un petit garçon. Debout, mains croisées, attendant gentiment. » Ou encore « Il sourit à la manière gauche d’un enfant qui montre son cadeau. »
Hum hum… (sic) rire jaune.

 

Rien de bien tangible donc pour justifier cette assertion qui se fera le leitmotiv de ce « roman » vide, bourré de name dropping ( De Douste à Johnny, tout le gotha y passe) à outrance. Yasmina nous fait revisiter – de l’intérieur- une campagne présidentielle sans ondes de chocs, arquée sur la propagande politique et l’hyper communication.

 

Croyant, sous ses faux semblant lyriques, nous délivrer un président populaire et éminemment intuitif, elle nous livre un président sec, pourri d’ambition jusqu’à la moelle, gavé de sucess stories à l’américaine, et bien loin des préoccupations populaires.
Enfin, pardon, Sarkozy sait être proche du peuple, il partage même quelques références culturelles : « J’aime Chimène Badi. A LA FOLIE. »

 

Qu’importe, entre deux citations et quelques tours de table, Yasmina, subjuguée par la dite grâce sarkozienne, semble vouer un culte à l’absence de profondeur du personnage de fiction qu’elle fait naître – et avorter- sous nos yeux avides.
Et qu’importe qu’elle semble prêter honneur et sens au listing épouvantable de clichés que l’homme enfant déverse à la minute, Yasmina y croit.
En écrivant sur l’homme – le futur président-, Yasmina écrit sur elle-même. Ou sa capacité quasi naturelle, à parler de ce qui touche au néant en lui prêtant des intentions quasi mystiques.

 

Et elle le dessert elle-même. Non Sarkozy n’est pas un enfant. Non il n’est pas un hyperactif attendrissant. Non il n’est pas profondément attristé par l’avenir peu glorieux de la république française.
Elle y croit naïvement, crédulement. Avec toute la bonne dose d’empathie que s’attribue la femme qu’elle est, et, avec tout le fair play d’écrivain convaincue qu’elle met à l’œuvre. Pour Yasmina : « Ils (les politiciens) jouent gros. C’est ce qui me touche. Ils jouent gros. Ils sont à la fois le joueur et la mise. Ils ne jouent pas leur existence, mais, plus grave, l’idée qu’ils s’en sont faites. »
Ah bon ? J’aurais plutôt pensé que Sarkozy jouait la taille de son ego aux présidentielles…
Et c’est pourtant ce qu’elle reconnaît, quelques pages plus tard, se contredisant elle-même :
« Mais ce qu’ils vivent n’est pas l’oubli de soi. C’est au contraire, l’obsession de soi et l’inévitable oubli des autres. »
Sarkozy est vicié d’une ambition sans merci, d’un orgueil à la mesure de sa rage et d’une pseudo candeur qui n’a d’égal que son ignorance sans nom.

 

Il y avait pourtant matière à écrire mais il semblerait que Yasmina n’ait pas tiré le bon fil.
Extrait d’un dialogue qui aurait pu être le point de départ d’un bon livre :
« – J’aime les fêlés, ils me rassurent. ( Sarkozy)
Ils te rassurent de quoi ? ( Reza)
Je ne sais pas …c’est le propre de l’inquiétude, tu ne sais pas d’où ca vient. » ( Sarkozy) »

C’est ici qu’aurait pu naître l’homme, sa fièvre, ses névroses, sa folie qui se dérobe à la scène publique. L’homme aurait été intéressant. Et brillant sûrement.

 

« Plus il est en lumière, plus il s’enfonce dans l’opacité. »
C’est dommage, Yasmina Reza a raté son exercice de style. Dans l’opacité il restera.
La seule chose qu’on peut reconnaître à l’homme, tant par le livre, que par la politique fiction dont les médias nous galvanisent, c’est qu’il est fin stratège et bon orateur.

 

Mais, que l’on sache, la politique, la vraie, ne s’est pas bâtie sur un cheval de Troie….

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2 Réponses to “Sarkozy au pays de Candy…”

  1. Encore une histoire de deux egos qui se flattent entre élites de bonne compagnie;
    « tous egos », comme dirait Ben Vautier.
    Leur seul idéal républicain…

  2. Kennza said

    « Mais, que l’on sache, la politique, la vraie, ne s’est pas bâtie sur un cheval de Troie…. »

    Effectivement…

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