Jeune et con.

octobre 20, 2007

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Les jeux sont faits. Les paroles sont vaines. Les regards sont sourds.Génération perdue. Leurs jeunesses se noient dans des verres insondables. Leurs rêves sont derrière eux. La surprise fait défaut au présent. Leur quotidien est implacablement rythmé par de faux émois et des désirs de pacotille.Les débats sont stériles et remplis de platitude. Leurs look sont fruit d’un mimétisme consternant. Leurs styles sont pleins d’une fausse nonchalance. La jeune faune se meut avec agilité dans un univers qu’elle construit avec soin. Cette jeunesse balise avec agilité un univers conforme à ses codes. Rien ni personne ne pourra venir ébranler leurs mythes. Dans leurs yeux hagards, sombre l’ennui.

Les couples se font et se défont au gré des ivresses. Les clans se regroupent et se fondent, l’illusion d’une union. Autour, toujours les mêmes décors. Quelques verres, un bar, des yeux plein de khol, des cigarettes à outrance, des appels au plaisir fugace et sans substance. Nos jeunesses n’ont plus rien de fou. Elles n’ont plus rien de révolutionnaire. Elles sont vidées de leur suc, comme des épouvantails hilares. Elles se débattent vainement dans un vague flot de pseudo impertinence. Elles n’ont plus rien à transcender.

Ils ne vadrouillent plus à l’aveuglette dans un univers qui les effraie. Ils le construisent cet univers. Et le monde qu’ils créent est à la hauteur de leur misérabilisme. Petit. Vague. Flou. Désespérant. Navrant. Etroit. L’univers que notre jeunesse construit est à la mesure de la crainte qu’ils éprouvent pour un monde qu’ils ne prendront jamais la peine de connaître.Un monde grand. Bruyant. Illimité. Infini. Incommensurable.

Alors ils construisent des barrières. Entre eux et les autres, entre eux et eux-mêmes. Ils s’inventent un langage qui ne parle qu’à eux, des codes qui excluent les autres, des ivresses qui ne se partagent pas. Nos jeunesses sont sectaires et vaines. Elles ne combattent plus rien.

Dans leurs regards hagards, la rage s’est dissoute. Et leurs tripes,restent démesurément silencieuses. Ils jouent dans des mondes circonscrits où chaque chose est à sa place, et où chaque dessein est programmé. Ils orchestrent une incroyable asthénie collective.

Ils ont fait de demain, des lendemains d’habitude, de sens et de raison. Ils ont codifié leurs vies, se sont embrigadés dans des communautés, des prisons psychiques, des habitus, dont ne sortiront vivantes que leurs traditions.  Nos jeunesses avortées n’ont ni refait ni défait le monde. Elles l’apprivoisent tant bien que mal. Plus d’œil fou à l’horizon, plus d’illuminé révolutionnaire, plus d’illustre énergumène, plus d’artiste déchu, plus d’obsolète inconscient, plus de beatnik nostalgique, plus d’insaisissable rocker.  

Des cohortes d’avortons lisses et sans surprises offrent leur visage à l’avenir. Et sur leurs fronts sans plis ni rides, au creux de leurs mains sans chaleur, à travers leurs monotones voix, dans leurs regards opportunistes, dans leurs vastes débattements de bons sens, à l’aune de leurs hypocrites bons sentiments, ils ont oublié 

Que sans rage, ils sont déjà morts.   

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5 Réponses to “Jeune et con.”

  1. Kennza said

    Un texte dur, mais fort et malheureusement trop réel…

  2. Tout est dans le pléonasme du titre…

  3. Kennza said

    En effet Jean-Michel.

  4. Reka said

    Et mes tripes se déchirent d’assister à la dégénerescence de cette génération à laquelle je suis censée appartenir…
    Est-il encore assez tôt pour changer le monde? Rassurez-moi.

  5. identites said

    On arrive toujours trop tard pour changer le monde… Reste juste à espérer que le monde ne nous change pas, nous…

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