I am a gangster, aren’t you?

novembre 29, 2007

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Dans une pièce noire et enfumée, on travaille à la chaîne. Jeunes pucelles longilignes en tenue d’ève débobinent des tonnes de paquets sous l’œil avide d’un caïd dictatorial. Costumes de mac et cigares haletant se succèdent au rythme des coups de feu hallucinant des rues du bronx. En enfer pas de répit. Au son des coupes de champ’ qui trinquent, les deal les plus fous se succèdent. Nous sommes en 1975. En pleine guerre froide. Au plein cœur de la guerre de vietnam. Où n’importe quel dealer un tant soit peu futé ramenait des contenairs d’héroine de Hanoï par fret aérien militaire.« American Gangster » ou l’histoire d’un jeune black du Bronx qui fait fortune au culot et à la mesure de sa niaque.

Sortis du cinéma, l’on refait demain. Les rues de Marseille sont tout d’un coup démentes et meurtricides. Les gangs s’affrontent au hasard des trottoirs. Les poules de luxe défilent sur les zincs bleutés des comptoirs. On ne compte plus ses coups, on compte son flouze. Bibo est le rat argenté de la dope. Il écoule 10 000 kilos de marchandise par mois. Je dors dans des manteaux de taupe, blottie dans des draps de soie pure, enroulée d’un string en flanelle. Je vis. On boit des magnums et des magnums de champagne rosé. Nous sommes en pleine prohibition dakaroise.

Dans les années 2024. L’état totalitaire qu’est devenu le Sénégal interdit même la consommation d’alcool. Vive le marché noir et le fric à flots. On connaît une poule de luxe qui s’appelle Soukeyna. Elle est noire d’antan et fume des cigarillos en pantalon de lin. Elle se dit avant gardiste. Elle a des yeux noirs bleutés et nous conte sornettes en dévidant nos poches. Je lui roule des pelles, noyée de champagne. Les rues sont folles, avides, hagardes. Dakar futuriste est dopé à l’opium comme jamais. Le dakar de demain est semblable au Bronx des années 60. Shooté, éclaté, avide de liberté et profondément ignare. Nos nuits se succèdent dans une atmosphère capitonnée de deals, coups de filets, assassinats en série et street battle.

Dans notre palace de 390 mètres carré avec vue sur mer, notre bar fait office de QG. Derrière le comptoir, entre Soukeyna qui harponne les jolis garçons et Yasmine qui inhale les vapeurs de l’enfer, je suis droite comme un I, rigide et fantasque dans ma robe tube Issey Miyake, chaussée de Louboutin mi genoux, ongles tangerine et chevelure crêpée XXL. Vive la nuit, vive la débauche susurre à mon oreille mon mari, « le rat argenté de la dope ». Dans son costume rital serré, sa lavallière brochée et sa barbe de 4 jours, il me jette des œillades en tirant sur son cigare, dix fois trop long pour lui. Au milieu du salon des pétasses enhardies chevauchent l’un des parrains, un italien hilare du nom de Simone. C’est à ce moment là, qu’une folle en drapé fushia choisit pour déambuler, tombée de nulle part, cokée à mort, répondant du doux nom d’Amandina. Elle quémande ça et là un peu de folie, un peu d’attention, débitant des laïus dont nul ne se souvient. Même les petites mains sont là. Des jeunes fous de vingt ans, italiens pour la plupart, goûtant et semant, leur ivresse au creux s canapés.

2024 Dakar, le Bronx toujours. Vous avez remarqué que dans les histoires de mafieux il y a toujours un traitre. Celui qu’on attend pas, celui qui vous éteint, un coup de poignard dans le dos. Je l’imagine déjà. L’angélique adossé au fauteuil, jaugeant de bien trop haut une débauche à laquelle il juge ne pas appartenir. Savourant nonchalemment un merlot dont le gout sirupeux ne le touchera jamais. Derrière son air suffisant, il tremble, dans son fort intérieur, d’avoir déjà appelé la flicaille.

Roulements de tambour dans l’arène. Alarmes de police qui scintillent, tintamarrent et nous annihilent. Porte de bois massif qui flanche sous le poids des 10 kalachnikov pointés sur elles. Mon homme aux doigts d’argent, dans son veston de satin bordeaux, encore tout embaumé de jouissance, qui vacille, dans une mare de sang. Ma fourrure apprêtée que je perds en courant vers lui, et qui laisse dévoiler des portes jarretelle de soie rouge. Mon cri au ralenti sur ma bouche. Ses yeux noirs dévorés de stupeur. Soukeyna dans un dernier hoquetement. Yasmine dans un ultime chancellement. Les kilos de poudre qui éclatent des canapés de cuirs, éventrés sous les couteaux des stups. Le palais qui ne ressemble plus qu’aux derniers vestiges d’un eldorado abîmé. Et le chat, royal, qui trône entre les verres vides, les gangsters défaits et les inspecteurs réjouis.

2024. Dakar. Le Bronx. L’histoire se répète et se répétera, invariablement, au rythme des coups de feu et des coups de poignards, entre les seins parfaits de catins enragées, dans les narines sourdes de toxico défaits, au fond du cœur impénétrable d’un roi du maquis de nos vices.

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11 Réponses to “I am a gangster, aren’t you?”

  1. Soukeyna said

    Tout simplement sublime!
    Je me retire et je t’aime.

  2. Kennza said

    Et de voir les images est presque superflu désormais…

  3. Catherine-Laure said

    Bravo ! Bravo ! Bravo !

  4. Ton mirroir said

    Bonjour sonia, je suis ton miroir, je pense que cela te parlera, loin dans un passé confus ou nous nous répandions sur du papier brouillon.

    Content de voir que la part de folie t’est restée, ton miroir lui s’en est vu dépossédé.

    En ayant lu certains de tes textes, j’y retrouve la noirceur cachée derrière un sourire d’enfant que j’ai toujours trouvé si admirable dans ce sang que tu verses dans l’écrit.

    Merci Sonia.

  5. identites said

    Bonjour Guillaume, belle surprise de te lire après toutes ces années… Heureusement que la folie m’est restée, n’est ce pas l’ultime carapace contre l’ennui?
    Et toi qu’est ce qui t’en a dépossédé et pourquoi? Ne me dis pas que l’alchimiste de la prose est mort……..

  6. ton mirroir said

    En fait, je n’est su dissocier mon ancienne vie emprunte de débauche et de la recherche permanente d’un onirisme éveillé de mon amour des mots.

    La vie allant, j’ai laissé sur le bas coté le monstre de la page, avec une partie majeure de mon âme.

    Loin du poète maudit, ou de –t’en souvient tu – l’incompris parmi les hommes, je suis devenu un être totalement banal.

    Te lire m’a rappeler à quel point j’ai pu aimer cet état de délabrement mental, ou la pensée seule suffit à enflammer l’ensemble de notre univers.

    Tout cela me rappelle à quel point le bonheur peut être beau quand il est emprunt de mélancolie, quand le bonheur ne se conjugue pas au sourire, mais à cet état noir et blanc de tristesse cynique.

    Tout cela me manque, mais de la magie des mots, de l’alliance de la rime et de l’improvisation sur le piano de vlad, il ne me reste que ce mot pathétique : souvenirs.

    Sans doute pour cela aussi que je ne me suis jamais rapproché de toi ou de mon passé, j’aime à penser que cette partie de moi survivra encore un peu dans des souvenirs enfumés d’adolescent lisant Nietzche et découvrant que l’eugénisme n’était pas ingénu.

    Le miroir n’est plu, et je remarque avec délice que tu es resté de l’autre coté, entre les armoires dansantes de notre ami Carroll.

  7. identites said

    Que tu sois devenu un être totalement banal, j’en doute. Si c’était le cas, ces considérations ne t’effleureraient même pas.
    Il n’en tient qu’à toi de faire renaître le phénix de ses cendres.
    Et sache que, si jamais tu te décidais à réemprunter la route hasardeuse du poète, je serais ravie de t’y croiser.
    Prends soin de toi..

  8. Ulysse said

    Je me vois bien dans le rôle du traitre, un Iago qui envie en secret, un machiavélique rongé par la jalousie, l’amour de tout ces camés, la haine de sa faiblesse.
    Je pousserai un rire sardonique, comme Néron devant le bûcher romain, comme l’aboutissement de mon chef d’oeuvre et j’irai me flinguer une fois ma mission terminée.

    Ouais le traitre ca me va bien ca 😉

  9. identites said

    Hahaha Mehdi, ca t’inspire on dirait !
    A dakar à noel?

  10. Olivier said

    Il FAUT que tu voies « we own the night » ! Rédemption, famille, morale, destiné, bien de la communauté… (Je vais devenir précheur). Un film géant.

  11. Ulysse said

    A dakar, à Noel!

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