Beigbeder ou l’écrivain prodige de la littérature torchon

décembre 18, 2007

beigbeder1.jpgBeigbeder est trop fort. Il a encore réussi à « écrire » un livre torchon: « Au secours, pardon » aussi insipide qu’une feuille de chou de Voici. On devine aisément qu’il a du le pondre, à moitié torché, cocké à mort entre deux virées au Paris Paris ou au Baron. Si la quatrième de couverture décrit l’opus comme une satire de la tyrannie de la beauté et de la jeunesse, le lecteur y verra plutôt les derniers soupirs vaincus de testostérone du dandy collectionneur de canons.

Ici, Octave, l’ancien rédacteur pub de 99 F est de retour en Russie, une Russie pleine de clichés où déambulent des Natalia et des Tania de 2 mètres de haut en veux tu en voilà, où les russes sont tous des bon vivants, imbibés de vodka et végétant dans un deux pièce d’après guerre. Beigbeder plante le décor, et ne se foule pas…Octave – ou le double littéraire de Beigbeder- est un talent scout et a pour but de trouver la plus belle femme de Russie pour la campagne de l’Idéal. Tous les moyens sont bons pour dénicher la perle rare. Le chasseur de têtes s’en donne à cœur joie et fait passer à ses pouliches des test non moins farfelus, seins à l’air et croupe avachie, histoire de tester la photogénie de ces pré ados rêvant de tapis rouges. Et puis l’esbroufe continue , jusqu’à ce qu’il rencontre la belle, l’unique Elena. S’en suit des pages incalculables de description ratées et pénibles d’un amour naissant auquel on ne croit pas une seconde, où le pauvre Octave tombe dans les filets d’une belle cruche de 14 ans. Après, par je ne sais quel miracle ésotérique, on atterrit dans une cathédrale, Octave pète un plomb et vire terroriste. Beigbeder arrive péniblement à terme de ce misérable patchwork, dans lequel il essayait peut être de dénoncer pêle mêle le jeunisme, le culte de la beauté, la dictature russe, le cas tchétchène, la pédophilie et le terrorisme. On a rarement poussé aussi loin dans la littérature torchon.  Mais pourquoi Beigbder est un prodige ? Parce qu’il donne au public la daube qu’il a envie de lire. Car entre ces pages et ces pages de délire cocainomane pré- gueule de bois, Beigbeder livre quelques morceaux de vie, et on lui devine finalement, presque, une âme, une sensibilité, presque littéraire.

Pourquoi, sombrer alors volontairement dans cette littérature germanopratine post moderne et ennuyeuse à souhait ? Comment expliquer que l’homme a failli être sélectionné pour le Goncourt avec ce « machin » qui déshonore tout le reste de la littérature primée ?

 Parce que Beigbder est un produit. Il s’autoproclame produit de l’année, il est un label à lui seul. Il est partout. Il inonde les ondes, il parasite nos télés, il s’esclaffe dans ses chroniques chez Lire, il est tour à tour directeur littéraire chez Flammarion, se faisant éditer chez Grasset. Il endosse avec merveille la posture du dandy romantique, qui s’habille en zadig et voltaire, se saoule au Mathis avec Ardisson, couche avec les plus belles filles de Paris et reste désespérément malheureux. Car il s’est pris au piège du costume qu’il s’est taillé sur mesure. Qu’il ne peut plus s’en défaire. Que la médiocrité fait vendre. Que la bêtise est érigée comme modèle dans la société de consommation occidentale. Et que si jamais, il devait tomber le masque de sa pseudo provocation anarchiste, plus personne ne le regarderait.  

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7 Réponses to “Beigbeder ou l’écrivain prodige de la littérature torchon”

  1. Hady Ba said

    Tu me rassures. Je n’ai jamais lu Beigbeder. Trop Fitzgerald de poche pour moi.

    Toi en revanche, je suis toujours ravi de te lire.

  2. Olivier said

    Triste tentative ratée de faire scandale avec un roman potentiellement pédophile.
    99Fr était un texte joyeusement « creux », ce machin manque totalement d’inspiration.
    Petit jeu pour le lecteur qui s’y ennui (normalement tous) compter le nombre de redites, voir de copier coller.

  3. Albin said

    De ces petites choses, dont parlait Céline, qui ne vous font pas mal aux pieds quand ils vous tombent des mains ?
    Quand il veut connaître la Russie Albin s’y installe. Quand il veut lire il prend un livre.

  4. Albin said

    Albin n’est pas très fort pour le genre : de petites choses tombées des mains deviennent, la chute aidant, des trucs, voire des machins, en tout cas se masculinisent.

  5. Reka said

    Que j’aime les gens qui pondent les critiques que j’aurais aimé écrire… ! 🙂

  6. Zaz said

    Insupportable Beigbeder, je le voyais encore ce matin sur Canal,qu’il est exaspérant! J’ai lu trois ou quatre de ses livres en espérant y trouver à chaque fois la preuve queje me trompais sur son compte, mais décidément rien n’y fait!
    « Dernier inventaire avant liquidation » était je pense le moins terrible. Après tout, ce qu’il fait de mieux, c’est critiquer.

  7. Un homme qui a fait science-po pour finir dans la publicité, voilà qui en dit long sur nos élites…

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