Into the wild: un film culte

mars 12, 2008

18869162_w434_h_q80.jpg« Je m’en allais dans les bois parce que je voulais vivre sans hate. Je voulais vivre intensément et sucer toute la moelle de vie. Mettre en déroute tout ce qui n’était pas la vie pour ne pas découvrir à l’heure de ma mort que je n’avais pas vécu. »

( Walden – Henry David Thoreau)

 C’est ce qu’a du se dire Christopher McCandless allias Alexander Supertramp lorsqu’il embrasse la route au prix de tous les risques.Jeune diplomé d’une grande université américaine, issu d’une famille de notables bon chic bon genre qui regorgent pourtant de cadavres dans leurs placards, Chris, fougueux, instinctif, visionnaire, abandonne la voie toute tracée à laquelle son background le prédestinait.Forgé par Kerouac, inspiré par Thoreau, nourri aux beatniks et réfractaire à toute idée d’une société de consommation moderne, il s’aventure sur la route. Mais il ne part pas facon bobo routard. Il prend méticuleusement la peine dès son départ d’effacer toute trace de son existence sociale. De ces codes et numéros qui figent nos identités. Déchirant et brulant cartes d’identité, cartes bancaires, permis de conduire, billets de banque. Anihilant son identité sociale. Sans se retourner il part. Du haut de ses 22 ans, lui qui a toujours vécu le train de vie d’un américain de la upper middle class. En laissant derrière lui une vie, la sienne, dont il se dépèce peu à peu, jusqu’à ne devenir plus qu’un lointain fantome de lui-même.

De la Virginie à la Californie en passant par le Mexique, il s’aventure, d’abord en voiture, puis à pied dans les grands espaces où il survit comme il peut, chassant, pêchant, dormant par terre, renouant sans effort avec les hommes sauvages que nous étions. Sociable, enjoué, nature, attachant, il se lie d’affection avec des personnages haut en couleur. Un couple de communauté de hippies usé par la vie. Un vieil homme travaillant le cuir dans son atelier, solitaire qui le prend sous son aile. Une jeune adolescente qui chante du country aux longues quilles et aux yeux transparents qui vit dans une roulotte. Un gangster de pacotille joueur et bon vivant qui le paie royalement dans les champs de blé. Mais il ne se pose pas. Il ne se lasse pas. Nulle part il ne s’attache. Et jamais il ne regarde derrière lui.  Il a un rêve : partir dans le nord en Alaska. Les gens qu’il croise l’en dissuadent, sa fatalité le rattrape. Le voyage n’est jamais assez risqué pour lui, les escales jamais assez extrêmes. Peut être part il pour renier tout filet de sécurité qui pourrait encore le rattacher à la société. Peut être part il en sachant qu’il ne reviendra pas ?  Est-ce un carpe diem ultime dont il connaît l’issue ?

  Ça y est il est seul. Into the wild. Dans la nature. En Alaska. Dans ces climats rudes et extrêmes, où la faune et la flore se passent très bien de l’homme. Lui essaie de domestiquer l’impossible. Heureusement qu’il y a ce « magic bus » , un espèce de bus dépecé qui trône au milieu de nulle part, entouré d’un fleuve en crue et bordé de montagnes infinies, sous un ciel glacial et bas, sans l’ombre d’un homme aux alentours. Voila son home sweet home dont il s’acclimate parfaitement, semblant ne jamais regretter ni le confort ni l’affection d’une vie de famille banale. Il a ses livres, ses auteurs cultes qui le nourrissent, l’habitent et le réconfortent plus que des copains de fac. Il a sa carabine avec laquelle il tue un cerf, des oiseaux, et du menu gibier. Il a son matelas défoncé sur lequel il dort serein au milieu de l’immensité.  

Et pendant qu’il jouit, intensément de chaque seconde, de chaque instant, le voila qui déroule une à une nos illusions premières, nous rend coupables, terriblement matérialistes, terriblement post modernes et inutiles. Pas de cigarettes là bas, ni de verres de vin. Pas de douche quotidienne. Pas de discours stériles, pas de palabres inutiles. Pas de lecteur DVD ni de connexion wifi. Pas de téléphone portable ni de bande FM. Pas de médicament, palliatif à toute douleur minuscule. Pas de carte visa. Pas de supermarché. Pas d’autre. Pas d’amour. Pas d’amitié. Pas de famille. Pas de communauté. Pas de code, pas de loi, pas de but. Pas de sécurité, pas d’affect, pas de confort. Et où l’on se rend compte, médiocre, qu’il nous faut toujours un film, un livre, un déclic, pour nous faire réaliser comme notre univers est balisé et sans surprises. Où l’on peine à s’imaginer mais qu’au fond de nous on en rêve, de toucher du doigt une vie propre, pure, sauvage, merveilleuse comme aux premiers jours de la vie, avant que l’homme apprivoise, domestique, domine, salisse et avilisse.  

Et qu’importe cette fin tragique que nous ne raconterons pas, mais que vous devinerez aisément. Qu’importe cette déchéance physique et cette solitude infâme dans laquelle il échoue. Qu’importe qu’on en pleure et que l’on peine à se tenir debout tellement nous sommes secoués.  

Qu’importe… Puisque la seule chose dont on se souviendra pour honorer sa mémoire c’est ce visage d’enfant, habité et royal, illuminé par un soleil hilare sous un ciel ahuri et qui sourit à pleine dents, seul, libre, infiniment humain au milieu de l’infiniment grand.

Publicités

4 Réponses to “Into the wild: un film culte”

  1. enfin un film qui parle de la formidable non-aventure de ma vie !!!

  2. identites said

    Ca te donnera peut etre une (bonne) raison d’aller au cinéma cette fois ci?! Ou au mieux d’acheter le livre ( John Krakauer Voyage au bout de la solitude)…

  3. Je me réserve pour le nouveau Indiana Jones…

  4. Ulysse said

    Très heureux que tu aies su apprécier ce film qui, au passage, n’a reçu qu’une ou deux nominations décevantes aux oscars…. (ah ces ricains ;)! )

    je crois que le film remet tellement en cause les valeurs sur lesquelles sont fondées les States et toutes nos « démocraties » «  » » » » »Libérales » » » » » » », que ces grands penseurs d’hollywood ont décidé de ne pas lui accordé trop de crédit…

    Prochain film sur ta liste Sonia: « there will be blood » pour la performance à couper le souffle de daniel Day lewis (Lui son oscar il l’a pas volé!)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :