Les Noces Rebelles: du grand Mendes

février 7, 2009

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Dans le décor suranné d’une banlieue américaine aseptisée, un couple de petits bourgeois se cherche, se questionne, se trompe, se dérobe et se malmène jusqu’au paroxysme. Sam Mendès, après un film culte « American Beauty » oscarisé 5 fois, propulse à l’écran deux géants du cinéma Kate Winslet et Leonardo Di Caprio pour un démontage en règle des romances à la titanic, au profit d’un récit acerbe et grave sur la lente décomposition d’un couple. Elle royale, insaisissable, insondable, effrontée, enjouée, fantasque, caustique, lumineuse, irréductible. Lui, soumis, obscur, conformiste, cupide, arriviste, prévisible, touchant, désespéré.

La caméra fige ces vies en apparence parfaite, campe le décor typique de la famille américaine de la middle class : joli pavillon de banlieue, mari commercial, femme au foyer, adorables enfants, épargne au frais, voiture rutilante, machine à laver ronronnante, vie domestique routinière et rassurante. Mais derrière le vernis, la frustration et la désillusion rampent et le doute se fraye un chemin insidieux dans le couple forteresse. Le couple si spécial, disent les voisins. Couple spécial, certes, qui se rêvait à Paris, se croyait anticonformiste et mènerait la vie qui leur plait, une vie de boho. Mais ce couple spécial est devenu un couple, usé, semblable à tous, ployant sous le poids lourd et inconfortable d’une société étouffante, d’un carcan de conventions, dans l’Amérique des années 50.

Quand April, dans un ultime sursaut de vie, rappelle à Frank qui ils étaient et ce qu’il sont devenus, et lui propose, follement d’aller vivre à Paris comme on part en résistance, on croit nous aussi à ce nouveau départ. Le couple, alors mortifère, se réveille, s’aime comme jamais, se déshabille frénétiquement, se reconquérit fatalement. Un rythme d’une puissance inégalée, une histoire portée par deux acteurs qui crient de vérité, une bande son aliénante, font des Noces Rebelles un minutieux et lyrique opéra du désenchantement.

Dans ce film, tout fait écho tragiquement à notre société actuelle. L’American dream, la société de consommation, la success storie, le self made man,la famille nucléaire, les conventions, l’artificiel, le matériel, l’éphémère ont donné naissance à notre monde occidental contemporain. La machine infernale de la productivité, du chiffre, du bancable est née des trente glorieuses. L’idyllisme naïf des années 50 et son manichéisme ont généré des cohortes de masses laborieuses et bien pensantes. Le culte du confort, la consommation de masse, l’homogénéisation des foules, ont érigé comme modèle de réussite dans le monde occidental un seul type : ( de préférence) blanc, mince, riche, monogame ( adultères acceptés), besogneur, zêlé, docile, conformiste, prévisible, vidé, épuisé.

Regardez les ces foules. Qui se meuvent sourires aux lèvres dans leurs vies réglées comme du papier à machine, dont les codes –toujours– seront les mêmes, dans les cercles desquels ils ne sortiront pas, dont les discours seront convenus et attendus, dont les rêves sont interchangeables, dont les vies sont insipides et inutiles. Cette foule, en noir et blanc, que l’on croise tous les jours, qui est notre monde, que l’on devine en clair obscur dans le film de Mendes. Cette foule, cette société anonyme, le groupe, l’entité sociale, qui marche au pas dont nous faisons tous partie, que nous croyons ne pas suivre, mais qui inébranlablement, guide l’homme de ses diktats.

Mais, parfois, quelques irréductibles demeurent : Soudain, au milieu de la masse uniforme des hommes, une tête dépasse. Un genou fléchit. Un souffle passe. Un battement de cœur crépite. Un œil s’allume. Une vision se dessine. Un mouvement s’ébauche. Une bifurcation là. D’autres voies. Aucun modèle. Une liberté. La sienne. Dans ce film c’est April. Dans la vie ça pourrait être vous.

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Une Réponse to “Les Noces Rebelles: du grand Mendes”

  1. Martina said

    waouh!!!
    trés péremptoire en tout cas ta critique! à tel point que ça semble être une lacune que de n’avoir pas encore vu ce « chef d’oeuvre »…
    …et sans être aucunement influençable, mais partageant tes goûts, je comble ce manque dès ce soir…
    au final, quel que soit mon avis, merci Sonia pour l’excellent papier…

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