Nous, la Broken Generation…

juin 25, 2009

generation_why

Je ne dirais pas que nous sommes une génération désenchantée. Car pour être désenchantés, encore faudrait-il avoir eu des illusions. Notre génération n’a pas d’espoirs. Elle a des objectifs. Notre génération n’a pas de rêves. Elle a des impératifs. Notre génération a été bercée par le culte de la productivité, la gloire de la société de consommation, le toujours plus de NTIC, pour voir aujourd’hui tous ces châteaux de sable s’effriter sous la pression des krach financiers, la crise économique, l’alarmisme écologique et les guéguerres des puissants. On nous appelle aussi génération Y (nous qui sommes nés entre la fin des années 70 et le début des années 90, nous avons entre 20 et 30 ans) ou enfants du millénaire, ou encore la e generation. Nous avons grandi devant la télévision, de Candy à Dragon Ball Z, de Beverly Hills à Melrose Place. Nous avons eu nos premiers émois paranormaux devant X-files. Il y a eu les premiers jeux vidéos, les Doc Martens, les converse et les 501 troués aux genoux. Sur fond de Nirvana, nous rêvions d’une révolution que nous n’aurions jamais.

Puis Internet est arrivé. Ca a été notre révolution à nous. Point de grands idéaux et de mai 68 débridé. Non. Nous sommes une génération policée et réaliste. Nos vies se sont devenues un gigantesque foutoir virtuel, où schizophrènes nous flirtons sur MSN, réseautons pro sur Linkdln ou Viadeo, nous affichons sur facebook, vivons des vies autres sur Second Life, achetons sur E-Bay, nous  prélassons sur une toile où nous croyons démultiplier nos pouvoirs.

Nous avons de vagues souvenirs de la fin de la guerre froide. Mais ce qui est venu après, fut bien pire. Le 11 septembre ouvrit le pseudo choc de civilisations. Les guerres. Le sang. L’abjection de la haine et de la violence. La banalisation de la mort. L’instrumentalisation du sacré. L’omnipotence de l’argent. La marchandisation de la liberté.

Nos relations humaines ont été chaotiques à la mesure du manque de repères qui grandissait. Certains hommes sont devenus des métrosexuels piquant les crèmes anti rides de leurs copines mais pourtant très doués pour le cunnilingus. Certaines femmes des wonderwoman au bord de la crise de nerfs, dirigeant des sociétés et élevant des ribambelles de gosses beaux et sages comme dans une pub ricorée. L’homosexualité, la bisexualité, l’échangisme, sont devenues monnaie courante. Beaucoup d’entre nous sont des enfants du divorce. Le modèle de la famille nucléaire a volé en éclat. Nous sommes entrés dans l’ère du sexe avec préservatif obligatoire. Nous n’avons pas connu le monde sans le SIDA. Bon an mal an, certains ont pu aimer. Vivre des grandes histoires, à bâtons rompus, hors du temps et de l’espace. D’autres peinaient, et peinent encore à trouver un alter ego. La séduction semble être devenue un exercice périlleux et difficile où les codes, bouleversés, sont obscurs et les discours difficiles à déchiffrer. Autour de moi des bataillons de filles belles et intelligentes mais qui restent seules. Quelques hommes, pressés, qui se rabattent sur des mirages de pacotille. Beaucoup de coups tordus et peu de coups de foudre.

Et puis il y a eu les études. Longues forcément. Sous la pression d’une société toujours plus exigeante, nous devions montrer patte blanche (i.e. diplôme labellisé) pour espérer exister embryonairement sur le marché du travail. Nous sommes en général surdiplomés. Mais que savons nous finalement après avoir passé au bas mot 5 ans sur les bancs de la fac ? Nous ne savons pas grand-chose. Tout juste avons-nous un peu élargi notre champ de vision. Mais nous ne savons pas faire grand-chose de nos deux mains. Et puis nous avons connu les stages. Génération kleenex. Certains ont eu de la chance et se sont accrochés, à force de leur rage et de leur BAC+8 transparent ; à décrocher une place au soleil. Et puis, là où nous croyions enfin y être, au soleil, ( soit la grosse entreprise dynamique et toute engluée de corporate responsability) nous avons gossipé longuement sous les néons blancs des open space sur la toute puissance du chiffre au détriment de l’âme. Et puis il y a eu le premier job. Le graal pour cette génération de diplômés dont la moitié passe un an au chômage avant de pouvoir travailler. Parlons-en du chômage… Ces journées, que dis je, ces nuits, à devenir fou à force d’appuyer frénétiquement sur la touche F5 du laptop qui devient lui aussi hystérique. Le cœur qui bat la chamade à chaque entretien.

Notre génération n’a pas eu le temps de refaire le monde. Car elle n’a même pas eu le temps de le défaire. Dès que nous avons quitté le doux berceau de l’enfance, nous avons été embarqués, bien malgré nous, dans l’œil du cyclone. Et puis il y a les drogues et l’alcool. Qui n’avaient plus rien de subversif ni de festif. Juste vaguement thérapeutique. Qu’elle est loin la route des Indes et les dimanches à Katmandou ! Nous sommes plutôt de la génération de la surmédication. Antidépresseurs, anxiolytiques, somnifères on a voulu nous vendre toutes les pilules des majors pharmaceutiques, pour nous aider à vivre. Et dans ce monde ultra stressé, toutes les médecine new age pullulent à chaque coin de rue, nous vendant du rêve, de la zenitude, une paix intérieure comme si on pouvait la glaner au supermarché du coin.

Non vraiment, je ne crois pas que le terme désenchanté nous sied bien. Nous sommes bancals. Chacun à notre manière. Et bien qu’il vous en déplaise. Quelques soit les beaux masques que nous avons choisi. Ou les moteurs V8 que nous faisons vrombir. Nous tenons debout fébrilement. Nous sommes devenus tantôt craintifs et prudents, tantôt autodestructeurs et vindicatifs. Nous avons l’œil qui brille soudain de plaisir, pour se renoircir aussi vite. Nous tentons sans cesse de rattraper ce temps qui ne nous laisse aucun sursit. Nous regardons derrière nous, avec toujours beaucoup de nostalgie, se souvenant de l’insouciance de notre enfance qui ne nous appartient plus et que nous avons troqué contre la lucidité.

Notre génération a perdu le sens. Y en a-t-il jamais eu un ? Mais elle a des valises de traitements de substitutions. Alors nous substituons. Chacun à sa manière. Chacun dans son monde. Chacun dans sa solitude. On fait du mieux qu’on peut pour glaner, ça et là, un peu de sens, dans nos lits, dans nos bureaux, dans nos foyers, dans notre for intérieur. Quelque chose est cassé, nos coquilles sont brisées, et il faudrait être de mauvaise foi pour ne pas le voir.

Et pourtant, aussi étrange que celà paraisse, c’est souvent dans cette lucidité que l’on réalise que la vie est inestimable, Et ainsi, brisés, mais hilares, nous reprenons notre souffle et nous rions du temps, secouant nos vies de l’intérieur, jouant aux magiciens dans nos cœurs, provoquons les coïncidences, recréons les miracles, réaprivoisons l’espoir, flétri, pale lumière mais qui danse encore….

Génération brisée. Oui. Mais sur-vivante.

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7 Réponses to “Nous, la Broken Generation…”

  1. armeline said

    merci sonia. c’est magnifique de vérité.

  2. guillaume bizet said

    Dieu que j’ai aimé ce texte. Des idées brillantes, un peu de facilité certes, mais un constat glauque et véridique.

    Mais bien plus que cela, notre génération est aussi celle des nouveaux égoïsmes, quand l’altruisme devient le « hype fact ».

    Oui nous avons perdu le panache inhérent à ceux qui ont bravés les interdits comme des continents vierges.

    Nous avons eu notre vingtaine cupide, cupide de se croire au coude à coude avec ceux qui étaient déjà adultes à nos ages, nous les enfants adultes. Pas même adolescents, sous la gouverne d’une nation du « bon coté » de la map monde.

    Dieu que j’aime relire le miroir de mon âme, ressentir ce faux cynisme, ce pessimisme actif qui se teinte au final d’optimisme timide, comme si l’espoir d’un eden new tech devait se taire.

    Miroir,Miroir, j’ose encore me dire que nous aurons un jour des choses à sacrifiées… Ne rie pas de cette utopie :d

    Il faudra un jour que nous parlions de tout cela, de la génération meetic clic, de notre regard circonspect, voir faussement blasé, bref de nous !

  3. Nicolas said

    Salut Sonia,

    Bien joue cet article. Tres joliment dis.
    Quand j’etais a Brighton je pensais ca.
    Une veritable distorsion de la realite, un veritable non-sens.
    Aux lecteurs de cet article renseignez-vous sur le Nouvel Ordre Mondial.
    Pour pouvoir changer la realite encore faut-il savoir ce qu’elle est.

    nico

  4. Emy said

    … bon ben je vais boire un coup pour « sur-vivre » !!! …et oublier tte cette misère…!!! lol

  5. krz said

    slt,
    Je sui tombé par le plus grand hazard sur ton blog, il y a beaucoup de talent dans tes articles.Dis moi que tu es journaliste ou que tu écris pour une revue?

  6. identites said

    Merci, non ni l’un ni l’autre..j’écris pour le plaisir.

  7. […] été séduite au début par ce concept de Génération Y. J’ai d’ailleurs parlé ici de Broken Generation. Et puis, une fois rabâché et rebattu par les médias, le concept se […]

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