New York, là où le monde commence…

septembre 16, 2009

P1030975

« New York c’est une ville où chacun peut se sentir chez soi » me disait le philosophe Souleymane Bachir Diagne dans son bureau imprégné de savoir au Philosophy Department à l’Université Columbia. Et j’ai pris alors toute la mesure de cette formule qui me paraissait plus prégnante encore à la lumière du pluriel « Je suis légion » de Victor Hugo, que citait l’éminent penseur sénégalais. Oui New York est une source à laquelle s’abreuvent les gens aux identités multiples.

A East Village, quartier marginal et artiste underground, je me suis sentie bohème, cradingue et électrique. Les murs tapissés de tags, les bars suintant d’alcool exhibant la phrase de Sinatra « L’alcool est peut être le pire ennemi de l’homme mais la Bible commande d’aimer son ennemi » ; les laveries regorgeant d’émigrés, et où, à chaque coin de rue, respirait, hilare, une humanité poisseuse et frissonnante.

A Soho, Noho et Nolita ; je me suis sentie branchée et avant gardiste. En plein dans la société de consommation certes, mais où chacun, chaque passant, new yorkais comme touriste, cherchait la différenciation ultime, le bout de chiffon novateur qui marquerait son identité propre.

A Central Park, devant les lacs, les petits pontons romantiques et le ciel bleu bordé de cumulus à perte de vue, j’étais amoureuse. Folle de mon homme et folle de vie, à humer l’air pur comme un cabri assoiffé d’oxygène, je transcendais la citadine que je suis.

A Columbia, je redevenais l’étudiante en quête de savoir que je suis toujours, s’émerveillant devant le penseur de Rodin, où m’étalant, le soleil en pleine poire, sur les marches de la « Columbia Library ».

A Williamsburg, quartier branché de Brooklyn, j’étais une citadine universelle, en slim, chemise à carreaux et sac hobo en bandouilière, à boire mon latte du starbuck tout en refaisant le monde avec ma clique de potes alter mondialistes qui toisaient Manhattan du haut de leurs birkenstock.

Au Queen, j’étais plongée dans l’Amérique profonde, ses hordes de classe moyenne, de travailleurs du matin, ses rappeurs de fortune et ses « disquette » d’un autre temps.

A Harlem, j’étais un peu chez moi, dans ce Little Senegal, où, entre un Touba Mobile Phone  et une dibiterie savoureuse ; se jouaient des « fights » amicaux en wolof anglicisé entre fatous en boubous et papis fumant du « pot ».

A Times Square, j’étais le centre du monde, le cœur du profit, la soif avide d’images en technicolor, marquée au néon sur des panneaux 4X4.

Au World Trade Center, j’étais la mémoire d’un monde post guerre froide, dépolarisé et désorienté, où se culbutent pêle-mêle terroristes sans visages, victimes sans noms, activistes anti gouvernement, et croix tremblantes, accrochées aux grillages d’un no man’s land.

Dans le lointain et banlieusard New Jersey, dans une peuplade où ne siègent que Burger King, stations essence et pavillons de banlieue ; j’étais témoin de la bêtise sans bornes d’un taximan républicain qui nous expliquait, avec beaucoup d’application et de pédagogie, que Obama était intrinsèquement stupide et qu’il avait eu son diplôme dans une pochette surprise. A la question « Pensez vous qu’il aurait été élu s’il n’avait pas été métisse ? », il répondit : « Métisse ?! Il n’aimait pas sa mère et il est avant tout Noir avant d’être Blanc. » Ce fut, in fine, le seul bémol à cette joyeuse aventure de la diversité, une triste halte qui faillit m’arracher des larmes.

Et pourtant, dans les bas fonds comme dans les quartiers chics, hors des sentiers battus touristiques, loin de l’Empire State Building et de la 5ème avenue ; j’ai toujours eu le sentiment que le New Yorkais, qu’il soit Blanc, Noir, Jaune, Musulman, Chrétien, Juif, Immigré ou Natif, middle class ou bobo, avait cette même tolérance et neutralité envers son prochain.

Du regard plein d’empathie aux conseils avisés du passant, j’ai toujours reconnu un réel humanisme que j’avais peu vu ailleurs. Pourquoi ici et pas ailleurs ?

Peut être car dans cette ville monde, dans ce village global, à l’horizon ouvert sur l’univers ; on fait de son mieux pour considérer l’autre tel qu’il est et non pas tel qu’on pourrait se l’imaginer, et que les préjugés  – dans cette faune et foire dépareillée- font figure de clichés désuets qui n’ont leur place que dans d’obsolètes séries B.

Publicités

3 Réponses to “New York, là où le monde commence…”

  1. Emy said

    IT’S WONDERFULL ! I LOVE NYC !

  2. hadyba said

    Thanks for sharing!

  3. Abishag said

    Le monde n’y commence pas il y passe…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :