Môman?…

décembre 3, 2010

Alors, ça te fait quoi d’être mère ? Quelques semaines après l’accouchement, moi l’introspective, la décortiqueuse d’affect, je ne me suis toujours pas posée entre 4 yeux avec moi et moi pour réfléchir à la question. Etrange… Au-delà de ne pas avoir le temps d’intellectualiser, mais d’être plutôt dans le feu de l’action, façon Jack Bauer du biberon ; c’est surtout que « moi » cet égo omniprésent s’est naturellement mis en sourdine. Etre mère, c’est avant tout faire l’exercice parfois,  incongru,  de s’oublier.

Oubliées les sensations de faim, de sommeil, de désir, les envies futiles, les coups de gueule frénétiques, et tous ces impératifs du moi quotidien. Place à « l’élu ». Ce petit être, incroyablement issu d’une illustre partie de jambes en l’air, complètement « home made », passant extraordinairement du statut de la nano cellule à celle de petit jambonneau qui se tortille sur la table à langer. Heureusement que l’on a environ 9 mois pour s’habituer à cette nouvelle tonitruante X-Filesque « You are not alone …. ». La nature étant bien faite, la grossesse nous prépare à cette idée saugrenue, faisant de nous au fil des mois, un éléphant dans un magasin de porcelaines, qui prend 10 kilos, une taille de chaussure, bave au rayon layette et puéricultrice, avale des bouquins de pédo psychiatrie, s’effrayant devant le terrifiant « Tout se joue avant 2 ans », et accessoirement, se sevrant ! Finies les cigarettes bleutées qui pendaient à nos lèvres goguenardes du petit matin, les ballons de vins rouge dégustés, hilare, avec les copines, les stilletos qui martèlent le dance floor. Le corps se met en mode détox, la future maman fait son nid, son ventre dodelinant lui rappelant son nouveau dessein.

Et puis, un jour, quand ca commence à trop peser (le bidon, les vergetures et la vessie qu’il faut vider chaque heure), bébé pointe son nez. Césarienne ou accouchement naturel, on se souvient de ce grand jour, et de la madeleine pleureuse que nous fûmes face à la vue de l’ «élu ». Y a-t-il un instinct maternel ? Ou sommes nous simplement conditionnées par l’éducation, par la société,  préparées à aimer plus que nous-mêmes ce petit bout de soi ? Quoiqu’il en soit, l’être auto-centré que nous étions, devient alors un mammifère primitif qui automatiquement, et sans transitions, met tout en œuvre pour satisfaire les besoins de son rejeton.

C’est pour cela que l’on se retrouve très tôt dans des situations burlesques, ou que l’on découvre, effarée, des pans entiers de sa personnalité que l’on ne soupçonnait pas. L’élu crie à plein gosier à 4h du matin, alors que nous sommes en pleine phase de sommeil profond ? Aucun problème, on se lève, égrenant à peine un bâillement, se dirigeant en mode pilotage automatique vers le berceau. Après avoir nourri, amusé, réconforté, tranquillisé, apaisé l’enfant roi, il est 5h30 du matin et on a plus trop sommeil. C’était, auparavant, l’heure à laquelle on rentrait de boite et où on se faisait un petit casse croute nocturne. Maintenant, c’est juste un petit changement d’habitudes : on se retrouve non pas à vider le frigidaire, mais à le nettoyer frénétiquement, chassant le microbe.

Les moments de toilette, sont aussi d’intenses exercices d’abnégation de soi. Pensez vous que la maman tourne de l’œil à la vue de ce caca qui s’étale et détale hors de la couche, ou ce jet de pipi qui vient chatouiller notre narine ? Que nenni… La maman regarde amoureusement ces excréments solaires qui ne témoignent que du bon fonctionnement de la petite machine digestive !

Quid de la vie sociale pendant le pouponnage intensif ? Elle devient quasi inexistante ! Hormis les visites familiales, où l’on montre l’élu comme un trophée et où l’on joue au jeu interminable des ressemblances, « tiens c’est l’orteil de son père » « oh le mauvais caractère de sa mère ! » ; les amis se divisent alors en 2 catégories : Les amis parents, qui de toute façon, n’ont plus notre temps depuis longtemps ; et les amis sans enfants qui, ont en général le week end mieux à faire que faire les 100 pas dans le salon avec bébé sur les bras, et qui n’ont pas forcément envie de venir diner, pendant une soirée rythmée par les interférences du babyphone… Il reste, in fine, quelques amis fidèles, qui s’instituent alors tontons/ marraines et qui viennent, goûter avec nous les joies du « you are not alone ». Ceux là, en général, ne vont pas tarder à en faire.

Enfin, il ne faut pas oublier l’aspect glamour de la phase de maternage. On ne dit jamais dans les bouquins que vous allez être hoooorrible pendant les premiers mois de bébé ! Que vous serez contente quand vous aurez réussi à prendre une douche avant midi ! (Non pas parce que vous dormiez, mais car vous jongliez !) Que vous verrez dépasser la toison de vos jambes, et que la forêt amazonienne fait pale figure à coté ! Que votre uniforme de travail ( Pantalon carrot, veste militaire, boots à lacet, et sac Chloé) a été sauvagement remplacé par un pyjama tout mou difforme et que ce qui pend, négligemment sur votre épaule droite, ce n’est pas le dernier foulard du défilé YSL, mais le linge pétri de régurgitations de l’ « élu ». Heureusement que l’homme est bonne pate, et qu’il ne vous tient pas rigueur de cette allure follement seventies, ce laisser aller patraque, il vous le pardonne. ( temporairement)

Votre nouvelle vie rythmée par les biberons, l’allaitement, le caca, le pipi, les toilettes, le berçage, les calins, les ballades (et  ce, fois 8) ; votre cerveau est il encore opérationnel ? Presque… Il vous reste encore un peu d’énergie pour regarder France 24 (Il vous faudrait au moins UNE SEMAINE pour lire Le Monde) , et les débats politiques, c’est avec bébé que vous les tenez. Avec un peu de chance, à 2 ans elle saura sans doute ce qu’est un bouclier anti-missile et un accord bilatéral …

Voila… Ca fait donc un peu tout ça d’être mère. Nous ne sommes plus seuls. Nous sommes res-pon-sa-bles. Et ce mot ne vous fait même plus froid dans le dos.  Mais ce qui change vraiment le plus, c’est que, tout d’un coup, la vie prend du sens. Un sens, oui, une direction!  Au supermarché c’est au rayon couche culottes et lingettes que l’on court et non plus au rayon champagnes… Quand on se lève le matin, ( mmm la nuit plutôt), on sait où on va : la tête dans le couffin !

Mais surtout, la vie a un sens, un vrai : on a un but. Non, on a bien compris qu’on ne changera pas le monde, ni l’humain. 8 années d’études de sciences politiques, du vadrouillage à droite à gauche, des désillusions par cantines et des crises existentielles à foison, ont tôt fait de nous remettre les pendules à l’heure.

On va juste essayer de rendre cet enfant heureux, serein, et, libre. Et ça, c’est déjà beaucoup.

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3 Réponses to “Môman?…”

  1. GRAZZINI EMILIE said

    Oh ben c’est moi ?!!! Heu nous !!! ahahah ! J’adooooooooooooooooore !! Encore encore ! C’est mieux que mother fucker !!!!!
    BISOUSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSS

    • Nicole said

      Je me retrouve complètement dans ton article, vraiment très bien écrit au passage. On voit que tu gères parfaitement ta nouvelle vie et ton nouveau rôle, la personne la plus importante au monde pour la petite Lyla (et vice-versa of course). Le 1er mois c’est comme une claque dans la gueule, je me rappelle que je devais choisir entre me doucher ou inhaler un petit déj, et mon uniforme était aussi une chemise de nuit en coton blanc dont la seule différence avec les pyjamas de bonne soeur était le système « accès facile » pour donner le sein. Heureusement que le rythme frénétique devient plus humain avec le temps et tes capacités de jongler: coup de fil/biberon/invité se développent rapidement au point de paraître naturellement acquises. Bon courage et profite bien de ta petite Lyla, prends plein de photos/vidéos et Félicitations à la nouvelle maman et au nouveau papa!

  2. Fred said

    oui bon ok Madame, je vais m’y mettre 🙂

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